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* Café philo

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  • Existe-t-il un langage du rêve ?

    Par REMY ROMAIN, publié le mercredi 15 octobre 2014 00:34 - Mis à jour le mercredi 23 septembre 2015 00:11

     

    Café philo sur le rêve et ses logiques:

                              

     

     

     

     

     

    Freud dans L'interprétation des rêves explique que le rêve est la voie d'accès privilégiée vers l'inconscient. Il n'existe pas de meilleur moyen pour rendre compte de la vie psychique et des forces qui travaillent notre identité. Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, le rêve ne contient pas un sens qui offrirait une parfaite lisibilité, pour autant qu'il soit la transformation d'un désir caché, il ne peut être l'objet d'une explication. A l'image des hiéroglyphes et des langages indéchiffrables, il s'agit de reconduire l'inconnu vers le connu et de se donner des instruments symboliques pour donner la parole au rêve, sachant que celui-ci ne sera jamais totalement intelligible. En ce sens, le rêve rejoint la parole de l'"infants", celui qui ne parle pas encore parce qu'il en deçà de l'expressivité et des signes. On ne peut qu'accompagner le geste du rêveur, aller vers la source onirique sans jamais pouvoir trouver une vérité première.

    Le rêve pose une double question à la pensée théorique et à la raison, non seulement il s'écarte de toute logique et de toute réduction objective, mais le rêve ne cesse jamais d'être le miroir inversé de notre conscience. C'est dans les rêves et dans l'onirisme, que nous puisons les ferments de notre imaginaire, c'est dans les songes que les scientifiques et les artistes saisissent leurs plus belles intuitions. Poincaré ne cesse de répéter à qui veut l'entendre, que l'inconscient est le lieu d'une grande créativité. On sait que c'est lors d'un sommeil agité qu'il parvint à résoudre les équations fuchséennes . Combien de peintres n'ont pas tenté de rejoindre dans la vie diurne le royaume de leurs songes, des jungles de Rousseau aux mondes sibyllins et absurdes de Magritte ? Comment pourrait-on penser, philosopher et méditer sans avoir déjà bien rêvé? On se rend bien compte que la construction ou la reconstitution de la langue des rêves rejoint notre intériorité la plus profonde. Comment déchiffrer une civilisation sans questionner le contenu de ses rêves ? Etrangeté à soi, découverte d'une autre identité, le rêve est d'abord un récit qui déborde sans cesse notre inscription dans la réalité.

     

     

  • La peur du désir

    Par REMY ROMAIN, publié le mardi 2 décembre 2014 15:16 - Mis à jour le mercredi 23 septembre 2015 00:08

          La peur du désir

     

       Le désir par sa polymorphie et son caractère indéfinissable a toujours suscité un trouble, non seulement pour le sujet désirant mais également pour les catégories de la pensées. Le désir suppose une tension permanente, l'Unruhe dont parle Leibniz, c'est à dire ce balancement entre la promesse de la satisfaction et la remémoration des plaisirs passés. 

    Il semble donc difficile de trouver de l'équilibre ou de la certitude dans le désir. Est-ce une raison suffisante pour rendre compte de la crainte qu'il suscite?

     

    S'agit-il de dire que le désir est mal connu parce qu'il déborde les limites étroites posées par la civilisation?

     Nietzsche, dans les Fragments Posthumes XI,  déclare que "derrière chaque 

    pensée gît un affect", c'est à dire que la pensée rationnelle, le jugement, la décision ne sont que les traductions plus ou moins directes d'un désir.


    Vouloir nier eros, ce serait vouloir aller contre notre nature, contre la logique de notre être. Cependant si le désir est méconnu, comment parler avec pertinence de ce qui fait l'objet d'une connaissance vague?

    D'autant plus que le désir se présente comme une multitude de fragments dissemblables, comment en faire l'éloge ou au contraire le procès de façon objective?

    Ce qui apparaît avec évidence, c'est la crainte suscitée par la force des désirs, devant cette possibilité de sortir de soi ou de ne plus vraiment s'appartenir. C'est la définition même de l'émotion qui apparaît ici, le désir développe ce qui 

    est contenu en nous, au point de modifier notre nature. Car si l'on redoute ses propres désirs, le fond même de ses pulsions, n'est-ce pas précisément parce que l'on craint le désordre interne de la vie inconsciente? Nous craignons de nous laisser déborder par une partie noire et irrationnelle.

     Pascal Quignard explique qu'à partir de l'époque romaine la joie du désir et du plaisir basculent sur le versant de la mélancolie, d'une culpabilité de vivre, une renonciation à la partie la moins intellectuelle et la plus animale en nous. C'est l'apparition d'une conscience morale, vouloir domestiquer et réprimer ce qui excède notre volonté.

    Il s'agit de l'apparition de la mauvaise conscience, le désir est alors marqué du sceau du remords et du doute.

    Désirer c'est donner à l'autre un motif de réprobation et de reproche, on est coupable d'être innocent, la

    suspicion se généralise , la honte commence à accompagner l'effectuation des désirs.

    On recouvre ce qui pourrait remonter à la surface et nous rendre indignes de notre humanité. Questionner la

    peur du désir c'est interroger la morale et le dressage social qui conduisent à la normalisation des désirs.

  • Peut-on échapper au conformisme ?

    Par REMY ROMAIN, publié le mardi 22 septembre 2015 23:59 - Mis à jour le mercredi 23 septembre 2015 00:05

    Le terme de conformisme a en fait une origine religieuse, c'est en Angleterre, au XVIème siècle,  qu'apparaît pour la première fois cette notion . Les conformistes désignent les individus qui obéissent à la religion établie et au culte officiel. A l'opposé, les non-conformistes sont les Calvinistes puritains qui se démarquent des Anglicans. Le conformisme est donc une façon d'adhérer aux moeurs, aux principes établis, à une certaine attitude normée, construite par le groupe social. En ce sens n'importe quel groupe humain se définit par rapport à cette conformité et à cette obéissance. A l'inverse le non conformisme consiste à refuser cette adhésion, à transgresser l'ordre établi, signe premier de la liberté humaine. 

    Pourtant à y regarder de plus près les choses ne sont pas si évidentes, la ligne de démarcation est loin d'aller de soi, car penser le conformisme et les conditions d'une libération, c'est être capable d'évaluer la norme en vigueur, c'est être en mesure de comprendre la logique qui fonde une société et des moeurs donnés. Or d'une part toute forme de désobéissance n'est pas anticonformiste, il ne suffit pas de refuser un comportement pour marquer une véritable rupture avec l'ordre établi. Et d'autre part pour qu'apparaissent des attitudes anticonformistes, il est bien nécessaire de se référer à une autre normativité, de se conformer à un autre comportement de groupe. La question est de savoir ce qui fonde et justifie la critique de la conformité, à partir de quel moment peut-on parler d'un geste critique qui écarte l'individu du sens commun ?  Comme le dit Nietzsche, pour penser, il faut être seul, s'exclure du troupeau et de la grégarité.
    Mais est-ce possible et seulement souhaitable, sachant que l'être humain est un animal social, toujours préformé, inscrit dans une communauté donnée ?

    Le problème est donc de savoir ce qui peut permettre de se défaire de l'uniformité et d'une norme devenue aliénante? Comment se réapproprier son jugement critique au sein d'une communauté indépassable ?

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